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PADMA GOUILLER-BESSON - Doctorante en Sciences de l'éducation


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Quel est votre parcours universitaire/professionnel et en quoi a consisté votre sujet d'étude ?
Souhaitant travailler dans une activité en relation avec les organismes humanitaires (organisations non gouvernementales), j’ai obtenu une maîtrise de Psychologie clinique à l’UFR de Tours en 1998, en programme Erasmus avec l’université de Louvain en Belgique. J’ai étudié des disciplines très enrichissantes (sur le thème des histoires de vie et clinique biographique) qui ne m’ont pas permis de les continuer en revenant à Tours, en raison de l’absence de stage en lien avec mon projet professionnel. Je me suis dès lors orientée vers une maitrise complémentaire en psychologie sociale, tout en continuant d’envoyer des cv et lettres de motivations dans différentes ONG. Je me suis inscrite aux sessions de TRE (technique de recherche d’emploi) du BIJED (Bureau d’information des jeunes diplômés).

Sans succès, je suis dès lors partie à Londres pour trouver du travail en lien avec l’éducation spécialisée dans un établissement scolaire avec plus de 50 nationalités différentes et des élèves présentant des troubles divers (adaptation socioculturelle, psychologique, etc.). J’ai découvert une grande pratique des jeunes dans l’usage de l’internet aussi bien à l’école qu’au domicile. Je me suis aussitôt servie de cet outil pour effectuer ma propre recherche d’emploi en contactant les ONG directement à partir des sites internet. Parallèlement, à titre bénévole, j’accompagnais des expatriés français dans leur intégration socioprofessionnelle.

En 2002, suite à un contact par e-mail d’une ONG, je suis partie aux Philippines pour travailler auprès des jeunes issus de la prostitution. Ma mission était de dispenser des programmes individualisés d’apprentissages scolaires mais aussi sanitaires, d’assurer un accompagnement à la recherche d’emploi auprès des orphelins de la fondation avec internet, et d'accompagner des jeunes filles victimes d’abus sexuels. Pour des raisons de santé, j'ai dû être rapatriée en France pour un suivi médical approprié. Devenant bientôt parent, je devais aussi penser à ma réorientation professionnelle personnelle qui devait se conjuguer avec ma vie familiale. C’est sur internet que j’ai découvert le service universitaire de formation continue (SUFCO) en science de l’éducation à Tours. Après informations, j’ai envoyé un dossier de candidature, et j’ai obtenu un entretien quelques jours après mon arrivée en Europe. Durant cette période de formation, je me suis familiarisée plus précisément avec les bilans de compétences, les entretiens professionnels, l’analyse de pratique, le portfolio de compétences et les histoires de vie. Parallèlement, je travaillais dans l’orientation professionnelle par internet (Association EEE, Chambre des métiers, etc.), mais je travaillais aussi dans l’éducation pour la santé (Adres). Mon thème de mémoire portait sur l’orientation professionnelle par internet des demandeurs d’emploi inscrits à l’APEC (association pour l'emploi des cadres).

C’est à la soutenance de ce mémoire que mon directeur de jury (aussi directeur de thèse) m’a proposé de poursuivre par un doctorat. Je n’ai pas répondu immédiatement à la proposition car je devais évaluer si je pouvais conduire vie familiale avec enfant, vie professionnelle pour gagner ma vie et vie formative pour la thèse. Chose dite, chose faite, mais avec un détour : mon inscription en thèse n’a pas été admise directement en 2004, j’ai dû passer en 2005 par un équivalent DEA proposé par l’école doctorale (Diplôme d’Initiation à la Recherche Scientifique et Technique-DIRST). J’ai continué à travailler pour les mêmes organismes qu’auparavent, mais je pratiquais en autodidactie l’accompagnement par internet dans la VAE (validation des acquis de l'expérience), la formation au e-portfolio, les bilans de compétences, avec quelques cours au SUFCO sur l’orientation professionnelle. C’est en septembre 2006 que je me suis inscrite en thèse de doctorat sur le thème de l’orientation scolaire et professionnelle par internet et e-portfolio, cette année 2006 correspond à un nouveau terrain professionnel et terrain de recherche : les dynamiques réflexives dans le processus d’élaboration au e-portfolio réflexif d’élèves ingénieurs généralistes au sein d’un dispositif internet, et l'année 2006 correspond aussi à mon déménagement familial en Maine-et-Loire.

Comment avez-vous vécu votre thèse ?
Mes réels moments de bonheurs ont été présent un mois après la soutenance de thèse.

Mon engagement dans cette thèse m’a obligé à me couper du milieu social pour me concentrer, mais aussi pour organiser ma vie familiale avec un « chronomètre » et un planning tant pour les week-end que pour les vacances et les soirées. Pendant les rares moments de vacances, ou lors d’invitations chez des amis, je culpabilisais de ne pas être devant mon ordinateur et mes livres. Je ne recevais personne car je savais que je devais me lever à 5 heures le lendemain matin pour écrire, ou si je le faisais, j’étais stressée et inefficace dans mon organisation des repas. Mon humeur était massacrante... surtout quand on me demandait la date finale de ma thèse, ou quand on me disait « encore ta thèse ! », ou encore « ça ne sert à rien si ça ne donne pas un résultat par la suite ». Au travail, c’était encore plus compliqué, je ne me trouvais pas opérationnelle car trop préoccupée par mes idées (surtout en réunion), et je ne trouvais pas de sujet de discussions communes avec mes collègues. Les réunions où j’ai pu assister dans mon ancien laboratoire, je m’ennuyais ou j’avais le trac de ne pas avoir les idées claires face aux présentations des autres doctorants. Les retours m’embrouillaient plutôt qu’autres choses. En fait, j’avais très peu de contacts avec les gens.

J’ai eu de sérieux soucis de santé pour moi et mes enfants, qui m’ont obligée à mobiliser mon énergie par priorités en raison d’un conjoint en déplacements professionnels constants (suivi spécial pour la grossesse en deuxème année de thèse, intervention chirurgicale en troisième année de thèse, enfant qui a commencé ses nuits à 18 mois, gestion des repas extérieurs pour enfant allergique scolarisé, problèmes familiaux divers, etc). J’ai effectué une coupure universitaire d'une année, car je n’avais vraiment pas le temps de travailler sur cette thèse, et l’éloignement géographique de mon université était difficile à gérer. La répartition des tâches ménagères n’étant pas partagée, il y a eu bons nombres de soucis familiaux, mais je me suis organisée au maximum par les services à domicile et les services de l’internet. Il m’est aussi arrivé trois incidents techniques majeurs. Ma fille aînée avait fait « bugger » mon portable pour accéder à ses pages de jeux. J’ai perdu toutes mes données car je n’avais pas eu le temps de les sauvegarder ailleurs (Je m’en souviens, c’était le jour de la fête des mères !). La deuxième année, j’avais pris soin de faire une copie sur mon disque dur externe que j’ai fait tomber dans l’escalier. Enfin, une autre fois, j’ai cassé, oui vous avez bien compris, j’ai cassé la clé usb de secours. Chaque fois, c’était la fin du monde pour moi. La plupart de mes amis me conseillaient d’arrêter définitivement et je voyais très peu mon directeur de thèse qui résidait à moitié en France, à moitié au Québec. Mais c’est sa visite à mon domicile qui m’a donné du cœur à l’ouvrage.

Je me suis remise au travail, plus engagée qu’auparavant. Les rencontres ont été très espacées avec mon directeur de thèse avec qui je m’entendais très bien. Mais notre rapport à la thèse me terrorisait à chaque coup de téléphone : c’était la peur d’un travail pas acceptable qui me hantait (car j’avais dû entièrement réorienter mon travail deux ans avant la fin).

C’est alors que je me suis tournée vers deux autres interlocuteurs amis pour me conseiller sur le vécu de la thèse. Les ex-doctorant(e)s étaient assez évasifs car ils étaient aux prises avec d’autres problématiques ou trop lointains pour eux (soutenance HDR [habilitation à diriger des recherches], etc.). Par contre, ils m’ont soutenu autant que possible, et ils ont été à la source de précisions théoriques servant de base à mon travail sur l’ouverture et la présence en formation à distance (A. Jézégou) et sur la notion de dialogue et réflexivité (N. Denoyel). D’autres m’ont apporté des confirmations sur des points de vue techniques, notamment sur les tirages. Et des bloggeurs thésards m’ont redonné courage car ils vivaient la même chose que moi au jour le jour. Ils ont su me rassurer à travers leurs anecdotes « génériques », j’ai aussi souvent eu des fous rires. J’ai eu de précieux conseils sur la soutenance (comment se vêtir, comment et quoi faire pour la fin de la soutenance, quoi faire avant la soutenance, comment gérer son trac, etc.).

Quelques semaines avant la soutenance, j’ai contacté par sms mes amis ex-doctorants (et maître de conférence) pour des précisions techniques liées aux paniques que je pouvais avoir dans l’impression finale de l’ouvrage. J’ai téléphoné à un ancien doctorant de ma section que mon directeur de thèse avait accompagné six mois plus tôt (Bernard Carmona). Avec regret, je n’avais pas pu assister à sa soutenance car je travaillais. Je n’avais jamais eu l’occasion de discuter avec lui avant, mais il a su m’indiquer les grands points de l’avant-soutenance et les démarches à suivre. C’est à ces moments précis que j’ai reçu aussi le pré-rapport de thèse de mon jury : c’était la douche froide, des crises de paniques, je n’arrivais pas à dormir car je me voyais aller droit dans le mur. Je jugeais moi-même que mon travail n’était pas assez acceptable quand je voyais l’échéance arriver. J’ai été trop juste au niveau du temps de la rédaction et de la relecture, qui correspondaient à des moments « chargés » d'un point de vue professionnel, il m’aurait peut-être fallu six mois de temps plein pour la finition.

Mais suite à ce pré-rapport, je crois que j’ai appelé toutes les grandes bibliothèques de France pour faire sortir des magasins les ouvrages cités par les examinateurs. Sur toutes les tables de ma maison s'échafaudaient d’innombrables livres. J’ai rappelé mon ancien directeur de mémoire de DESS, un ex-doctorant (Thierry Bedouret) qui m’a donné des pistes d’attitudes relationnelles, Philippe Gauthier qui m’a fait le point sur les nouveautés de l’e-portfolio. Ça faisait des jours et des jours que j’écrivais ma présentation et je trouvais que rien allait, je pleurais tous les jours tellement j’avais peur de me présenter. Je me souviens que mon directeur de thèse m’avait rassuré en me disant dans la semaine de ma soutenance qu’il fallait que j’ai un écrit sous la main pour la soutenance, mais pas obligatoirement une présentation informatique. La tension relâchait. Ce n’était pas un exercice de mémoire ! J’ai eu le réconfort de discuter avec son épouse, docteure aussi, qui m’avait assuré que moi seule connaissait véritablement le sujet, que les réponses étaient en moi. Ses mots, je m’en souviens encore. Deux jours avant, j’ai échangé avec mon directeur de thèse qui attendait une version finale plus impliquée et personnalisée de ma soutenance, version que je n’ai jamais envoyée. J’ai fait une soutenance orale avec mon mari, c’était la seule, mais elle m’a permis de voir le temps que je consacrais pour chaque partie à présenter. D’après Bernard Carmona, les vraies idées arrivent la veille au soir en dix points clés. Mes idées se sont effectivement mises en place la veille au soir, et les mots je les avais en moi. Ces mots sont sortis, entremêlés de souffles coupés au départ tant l’émotion était grande.

J’ai réécouté 15 jours plus tard l’enregistrement de la soutenance, grâce à mon collègue et à ma fille. Cet enregistrement, je l’ai retranscrit sur papier, et c’est mon bien le plus précieux, comme un livre de chevet. Mon tirage papier de thèse je dois en refaire un pour ma bibliothèque familial, c’est tout. Mais la soutenance orale, c’est une deuxième vie, on voit encore plein de belles choses à écrire sans cesse. C’est parfois paniquant, car on a toujours le cœur qui bat à un rythme fou. J’ai relâché la tension seulement un mois après la soutenance, période pendant laquelle j'ai beaucoup dormi pour me réénergiser.

Que vous a apporté cette expérience ?
C’est un moment important car il fait sens avec notre histoire. Je prendrai l’exemple du lotus qui prend origine dans les eaux brouillées. La tige est ce moment de la thèse qui est attirée vers la lumière, le jour, l’air. En effet toute la réflexion de la thèse émerge de notre esprit pour se déployer et se dresser hors de cet univers, pour donner à voir une certaine élégance et une certaine finesse. La fleur de lotus est la seule plante aquatique pouvant sortir réellement de l'eau grâce à sa tige, contrairement aux autres plantes de la même famille qui flottent. Une fois que l’on est sorti de ce travail de thèse, c’est tout notre regard qui change, il ne s’arrête pas pour se reposer, il continue d’observer tout ce qu’il ne voyait pas avant. D’ailleurs, on n’entend plus ce qu’il se passe, on ne pense qu’à retranscrire ce qui nous passe par la tête à chaque instant de la vie quotidienne : dans la cuisine pendant que l’on prépare le diner, pendant le brushing, pendant la programmation télévisée que l’on trouve si pitoyable face à nos préoccupations, à l’arrêt d'un véhicule au feu rouge, sur la route en allant au travail. C’est habitude réflexive qui commence à s’installer dans la routine éveillée, le regard sur l’environnement est saisi plus finement et plus souvent remis en question. C’est un grand avantage d’avoir un esprit observateur, critique et innovant... comme il peut être un point négatif pour des activités bénévoles et professionnelles sans plus de réflexions.

La thèse est aussi comme un trampoline qui nous projette ailleurs. Cette phase se doit d'être marquée par une fête avec ses amis, en famille aussi, et au travail. Le travail de la thèse est trop méconnu dans l’entourage proche comme dans l’entourage plus éloigné, notamment professionnel. C’est un moment initiatique qui a toute son importance pour prendre son envol vers d’autres horizons. C’est alors l’occasion de présenter son e- portfolio, ses projets et de se dire que les rêves aboutissent toujours, ou plutôt que l’on a quand même une emprise sur son destin. Le travail de la thèse m’a permis de faire des ponts biographiques entre chaque activité, de trouver du lien et surtout un fil conducteur tout au long des expériences. C’est ainsi que j’ai réalisé mon e-portfolio de compétences quelques semaines avant la soutenance. On acquiert ainsi un véritable esprit de synthèse, mais aussi une aisance orale dans des situations qui nous paraissent bien moins terrifiantes que la soutenance orale de thèse.

La période de la thèse m’a permis de tester ma résistance au stress, de travailler dans l’urgence jusqu’à l’aube si nécessaire, d’être une professionnelle de l’organisation quand on est une mère de famille qui doit mener sa vie professionnelle, et surtout de prioriser les intérêts. Comme me l’a si justement souligné mon directeur de thèse, je suis manager dans la vie professionnelle, mais aussi manager familial et manager de la formation. Conjuguer le tout, n’est pas rien si l’on veut gagner et former sa vie sans la perdre. Le stress, la pression, l’organisation, les résultats sont des éléments aussi forts que pour l’entrepreneur et le chef d’entreprise. La rigueur de la thèse amène aussi la nécessité de demander secours sans honte, mais avec pertinence. Elle oblige à rechercher les ressources nécessaires et vitales pour assurer ce trio managérial, et redistribuer cette énergie, ces ressources à d’autres personnes. Certains diront que c’est le point de vue pragmatique de la thèse, d’autres diront que c’est la sagesse d’un point de vue de la philosophie orientale.

Enfin, pour résumer, ce travail m’a permis d’identifier mes amis, ceux qui ont compris qui j’étais et qui sont toujours restés mes amis malgré mon manque de disponibilité, voire mon absence. J’ai découvert aussi d’autres personnes avec qui j’ai osé ouvrir le fond de ma pensée. Car au fond, nous sommes tous pareils, nous sommes tous atterrés par l’inconnu. Mais surtout, aucun travail pertinent ne peut sortir sans confiance, sans proximité, sans émotions. Cette attitude, je l’avais déjà. Mais j’ai pris conscience de cette posture relationnelle dans mes interventions professionnelles et personnelles.

Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui souhaite suivre cette voie ?
Il faut savoir que la thèse se découpe en deux temps forts :
  • avant le tirage papier final qui est la naissance d’une idée, d’un sentiment, d’une intuition, l’élaboration mise en mot autour d’un problème, identification, mise en intrigue, confrontation et découverte littéraire et scientifique, se déterminer et choisir le plus pertinent pour notre étude dans la gymnastique cognitive des différents courants scientifiques, observations et analyses, mise en lien entre théorie et pratique du terrain étudié, écriture, réécriture (travail permanent de relecture et de réflexion écrite personnelle).
  • et après le tirage final avec la préparation de la soutenance orale : relecture de certains points de la thèse à se remémorer, lectures de d’autres ouvrages en lien pour d’autres perspectives (travail de projection, de mise en lien orale, socialisation par les communications et les productions diverses).

Écouter si possible les enregistrements des anciens doctorants en soutenance, écouter leurs conseils et leurs astuces, consulter les blogs des internautes qui sont très enrichissants et divertissants pour s’aérer les idées.

Tenir un planning même s’il n’y a pas de management idéal, marquer chaque résultat accompli pour s’auto-renforcer.

Établir une échelle de priorités dans les différents domaines de la vie (travail, famille, formation). Par exemple, je n’ai pas produit d’articles pendant ma thèse par manque de temps. Il faut se dire que l’on ne peut pas être sur tous les fronts. Par contre, penser à réserver ce moment de production après la soutenance. Avec du recul, mes idées sont mêmes plus claires pour produire quelque chose.

Savoir qu’il faut beaucoup d’endurance et de persévérance, permises par une hygiène de vie de qualité (alimentation, sport, organisation ménagère, sommeil, bannir les boissons caféinées à outrance, etc.).

Oser changer d’espace d’écriture pour se retrouver avec soi-même. J’ai travaillé dans différentes universités, c’est à l’université de médecine que je me sentais à mon aise, car elle était bien éclairée, confortable, peu passagère et peu bruyante, contrairement aux bibliothèques municipales. Parfois, je travaillais surtout la nuit, car j’étais sûre de ne pas être dérangée, mais avec la radio en bruit de fond car je me sentais trop seule. Il m’arrivait de travailler à mon ancien bureau juste avant d’emmener les enfants à l’école, juste avant l’agitation des voitures en ville. Dans ma maison, je changeais régulièrement d’emplacement de travail en fonction de la lumière du jour (dans la cuisine, ou sur la table du séjour pour laisser mes ouvrages ouverts, dans l’entrée, dans la chambre pour utiliser le logiciel de reconnaissance vocale, près de la cheminée. Il m’arrivait aussi de me mettre dans le garage quand il faisait trop chaud en été). Il peut être utile de changer de support de transcription de la pensée : papier brouillon, cahier, ardoise, tableau de bord pour afficher les idées, mind mapping géant à afficher sur le mur de son bureau, logiciel vocal, blog internet, etc.

Le vécu de la thèse engendre beaucoup d’émotions impossibles à retranscrire immédiatement, c’est comme un accouchement. On a très peur, on a mal partout, on se demande où est la fin, si on va tenir le coup. Essayer de se rapprocher des réseaux de doctorants proches de nos aspirations (se retrouver avec des doctorants beaucoup plus jeunes créent un décalage difficile pour les « doctoriales » ou autres rencontres).

Écouter les collègues enseignants sur les possibilités de poursuite après la thèse et ne pas dramatiser si on n’a pas pu être qualifié pour se présenter en tant que maître de conférences. Ça permet de prendre du recul et de savoir relâcher la tension.

Toujours donner une copie de son travail à un ami et à un membre de la famille au cas où la maison brûle, que le disque externe ne fonctionne plus, etc.

Enfin, si c’était à refaire, pour palier la distance géographique, j’insisterai pour faire les écoles doctoriales les plus proches de mon domicile (Angers-Nantes) et non pas celles qui sont forcément dépendantes de mon université d’origine (Orléans-Tours).

Ne pas oublier de consigner tous les modules, conférences et activités autour de la thèse pour la validation des crédits universitaires. Mais surtout aussi faire valider les modules suivis dans d’autres universités, comme ça a été le cas lorsque j’ai suivi « l’Odyssée de la thèse » sous la direction de JP Boutinet à Angers, « L’évaluation » au Luxembourg, etc.

Quelle est votre situation actuellement ?
Je n’ai jamais bénéficié d’un poste d’ATER (attaché temporaire d'enseignement et de recherche) et le post-doc ne m’intéresse pas en raison de mes choix familiaux. J’aurais été plus jeune, j’aurais adoré faire un post-doc à l’étranger.

J’exerce la même activité professionnelle que lorsque j’ai commencé ma thèse de doctorat, en fait mon doctorat m’a permis d’étudier mon terrain de travail. N’ayant pas de financement public ou fond privé pour me consacrer à cette recherche comme bon nombre de formations en sciences dures, j’ai eu la chance d’avoir une activité professionnelle liée à mon travail de recherche. L’avance de ce travail permet à mon terrain professionnel d’être approfondi, appliqué et réajusté en fonction des problématiques. Je suis consultante en orientation scolaire et professionnelle en indépendant et j’accompagne les personnes suivies par le biais d’internet. Je suis amenée à travailler pour des établissements divers tels que l’enseignement supérieur (école d’ingénieur), pour l’éducation nationale (analyse de pratiques), bilan de compétences, accompagnement professionnel, etc. Je dirai que je me crée mon propre emploi dans le domaine de l’accompagnement par internet. Je continuerai donc à effectuer de la recherche sur fonds personnels, en attendant de pouvoir enseigner et mener des recherches dans une université étrangère.

Enfin, j’ai décidé de créer une structure autour des doctorants en activités pour faciliter le travail de mise en lien, de rencontres, car la vie de doctorant proche de la quarantaine avec des enfants et un travail, est loin d’être semblable à ceux des jeunes étudiants. L’égalité des chances n’est pas la même dans une société où l’on prône la formation tout au long de la vie, et encore moins pour les femmes où la parité dans le quotidien est loin d’être acquis. Il faut savoir qu’en Suisse, les femmes doctorantes bénéficient d’une bourse et d’un suivi particulier pour l’égalité des chances... De plus, c’est une activité qui amène une mine de ressources et compétences peu reconnues des entreprises, une sensibilisation du public entrepreneurial devrait être un enjeu majeur.